17/08/2007

Journal 09/2007

Le mot du Président 

Le sale air de la peur. 

Sommes-nous en train d'assister à l'émergence d'une culture globale de la peur ? 

Aujourd'hui on a peur de tout. Peur de la maladie et de la mort, peur pour l’avenir des jeunes, peur du chômage, peur de la précarité, peur de l’autre, peur de la solitude, peur de ne pas être à la hauteur, peur de la violence individuelle et collective, peur des choix politiques, peur des catastrophes naturelles, peur pour l’avenir de notre planète, peur du terrorisme et de la guerre, peur des nouvelles technologies…De plus, la mise en œuvre des politiques sécuritaires, le discours des médias et la stigmatisation croissante de certaines populations pourvoient ce sentiment. 

"En adoptant des politiques à court terme qui encouragent les peurs et créent la division, certains gouvernements sapent l'Etat de droit et les droits humains, entretiennent le racisme et la xénophobie, divisent les populations, augmentent les inégalités et sèment les germes de nouvelles violences et de futurs conflits", déclare dans un rapport la secrétaire générale d'Amnesty international. "La politique de la peur crée une situation où les atteintes aux droits humains se multiplient, où plus aucun droit n'est sacré et où plus personne n'est en sécurité", ajoute ce rapport. 

Maintenir les hommes dans la peur, c’est les maintenir sous un grand pouvoir et si ce discours est assez présent dans l’histoire des religions (l’homme doit vivre dans la crainte du jugement de Dieu car il y aura sanction des âmes après la mort), le pouvoir suprême ici bas est le pouvoir politique. Il n’est donc pas étonnant que les techniciens du pouvoir aient cherché à justifier l’usage de la peur. Cette pratique est devenue, non seulement courante mais efficace et passer du discours de la peur à la flatterie est devenu un art. L'instrumentalisation obsessionnelle de la peur semble même faire oublier que les dictatures et les régimes totalitaires se servent aussi de la peur pour user et abuser du pouvoir. 

S'il existe une habileté calculée, rusée, machiavélique à manipuler l’insécurité et à utiliser la peur (la conférence sur Machiavel "Le prince" donnée il y a quelque temps dans notre Maison en a fait état), il faut bien constater que dans nos sociétés l’emprise de la peur est devenue tentaculaire. Les caméras de surveillance sont partout, tous les gestes sont épiés, la moindre pensée est repérée et la moindre réaction interprétée. Cette transposition du maccartisme paralyse l'homme et favorise une mondialisation des violations des droits humains.  

Sommes-nous entrés dans l'ère de l’émergence d’une culture de la peur, du soupçon et du repli sur soi, au détriment de la solidarité et au profit de l'ignorance, une ère où la promotion de la peur finira par prohiber la raison si chère à nos yeux ?

T. Covolo

11:32 Écrit par serainglaicite dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |